lundi 27 avril 2026

Biographie Charles Meissirel-Marquot

CHARLES MEISSIREL-MARQUOT Ingénieur centralien · Directeur Commercial · PDG des Cristalleries Royales de Champagne 1898 — 1972 École Centrale Paris · Promotion 1922a I. L'enfant de Bayel (1898) Né entre deux siècles, deux mondes Charles Meissirel-Marquot naît en 1898 dans un foyer où le cristal est déjà une langue maternelle. Son père, Henri Meissirel-Marquot — ingénieur centralien de la promotion 1878 —, dirige les Cristalleries Royales de Champagne de Bayel, fleuron de l'industrie verrière champenoise. Homme de conviction autant qu'homme d'affaires, Henri avait incarné cette tradition familiale singulière : les Meissirel n'ont jamais hésité à injecter leur propre capital dans l'entreprise, signe à la fois de loyauté envers leurs ouvriers et de courage face aux aléas de l'industrie du verre. Ce geste, répété de génération en génération, dira autant sur leur caractère que sur leur fortune. Henri Meissirel-Marquot était lui-même fils d'Alexandrine Chauderon de Bellemont, issue d'une famille de rentiers à la fortune puissante et bien établie — l'un de ces milieux où l'argent et le rang se transmettent de génération en génération, et qui avait su apporter à la maison Meissirel la solidité financière nécessaire à ses ambitions industrielles. Sa mère, Gabrielle Geneviève Florand, est née à Saint-Pétersbourg, fille de Jules Florand, exposant lors des Expositions Universelles. La famille Florand n'était pas une famille ordinaire de l'expatriation française en Russie : elle comptait parmi celles qui étaient régulièrement conviées à la table du Tsar, signe d'une position sociale et d'une réputation qui dépassaient largement les cercles marchands. Charles grandit donc à l'intersection de plusieurs mondes : la rigueur industrielle française héritée de l'École Centrale, la solidité bourgeoise des Chauderon de Bellemont, et l'éclat de cette Saint-Pétersbourg impériale qu'apporte sa mère. Depuis sa prime enfance, Charles est entouré de fours et de cristal, d'artisans souffleurs et de maîtres tailleurs. La manufacture n'est pas pour lui un abstrait économique : c'est un lieu vivant, sonore, lumineux. Il en connaît les odeurs de silice chauffée et les rythmes saisonniers avant même de savoir lire. Orphelin de père à quinze ans En 1913, Henri Meissirel-Marquot disparaît prématurément, à cinquante-six ans. Sa disparition laisse un vide immense : conseiller général de l'Aube, figure respectée du département, il avait su incarner à la fois l'industriel éclairé et l'homme public engagé. Près de trois mille personnes se pressèrent à ses obsèques — témoignage saisissant de l'empreinte qu'il avait laissée sur tout un territoire. Charles n'a que quinze ans. La manufacture passe sous la direction de sa grand-mère Émélie Zoé Mullet-Marquot — femme d'une vitalité remarquable qui conduira l'entreprise pendant toute la Première Guerre mondiale et jusqu'à sa mort en 1928, à l'âge de 91 ans. C'est Robert Hennique, son beau-frère centralien, directeur de Bayel de 1927 à 1942, qui assumera pour Charles le rôle de mentor industriel — et qui lui remettra, avant son départ en guerre, un testament industriel transmettant l'héritage de toute une vie au service du cristal. II. La Première Guerre mondiale : le baptême du feu (1916-1918) Mobilisé avant le baccalauréat Charles a dix-sept ou dix-huit ans quand la Grande Guerre le rattrape. Lycéen ou tout juste bachelier, il est mobilisé avant d'avoir pu s'engager dans ses études supérieures. Pour un jeune homme de sa génération — celle qui entre dans la guerre en chantant et en ressort meurtrie, épuisée, transformée —, le front est une expérience qui marque à jamais. La tranchée, le froid, la mort omniprésente : tout cela, Charles le traverse. Pour son courage et ses services rendus à la France, Charles Meissirel-Marquot reçoit la Croix de Guerre 1914-1918 — distinction militaire qui atteste non seulement de sa participation aux combats, mais d'actes de bravoure reconnus par l'autorité militaire. Cette décoration restera l'une des fiertés discrètes de cet homme qui n'aimait pas se mettre en avant. L'Armistice et le retour aux études En novembre 1918, l'Armistice libère enfin ceux qui ont survécu. Charles rentre du front avec la Croix de Guerre et quelque chose de plus difficile à nommer : une maturité, une résistance intérieure, une certitude que rien ne sera plus jamais futile. Il a vingt ans. Il décide de reprendre le chemin qu'il n'avait pu emprunter avant la guerre. III. L'École Centrale de Paris · Promotion 1922a Le diplomate qui choisit le cristal À son retour du front, Charles n'est pas encore certain de son chemin. Formé par la guerre, nourri par l'héritage maternel d'une famille qui avait côtoyé les cours impériales d'Europe, parlant les langues et portant naturellement l'aisance des milieux internationaux, il se destinait à une carrière diplomatique. Les chancelleries, les négociations entre États, la représentation de la France à l'étranger — voilà ce vers quoi semblait le porter son tempérament et sa formation. Mais au moment de choisir, c'est la famille qui l'emporte. La manufacture de Bayel, orpheline de son père depuis 1913, la mémoire d'Henri et le testament industriel que lui confiera bientôt Robert Hennique : tout cela pèse plus lourd que l'attrait des ambassades. Charles renonce au Quai d'Orsay et s'inscrit à l'École Centrale. Ce renoncement n'est pas une défaite — c'est une décision. Et l'on peut se demander si, finalement, il ne fut pas diplomate quand même : mais au service du cristal champenois plutôt que des États. La tradition familiale perpétuée En entrant à l'École Centrale de Paris, Charles accomplit bien plus qu'une simple démarche de formation : il perpétue une tradition familiale et industrielle. Son père Henri était centralien, promotion 1878. Son beau-frère Robert Hennique est centralien. La revue des Centraliens du XXe siècle le résumera en quelques mots saisissants : « Charles Meissirel-Marquot (22a) fait de même aux Verreries Royales de Champagne, après Henri Meissirel-Marquot (1878)... » Père et fils, même école, même maison — continuité dynastique rare dans l'histoire de l'École. Charles sort diplômé de l'École Centrale en 1922 (promotion 22a). Il a vingt-quatre ans, forgé par la guerre, formé par l'une des meilleures écoles d'ingénieurs de France. Il porte en lui à la fois la mémoire du feu des tranchées et la maîtrise scientifique de la thermodynamique du verre. Deux feux, une seule vocation. Spécialisation dans la science du verre Sa formation à Centrale n'est pas généraliste par inadvertance : Charles oriente délibérément ses études vers la chimie des silicates, la science des matériaux et les procédés thermiques qui sont le cœur technique de la cristallerie. Là où son père avait apporté à Bayel la rigueur de l'ingénieur, Charles y apportera en plus la maîtrise commerciale et la vision internationale — complément naturel d'une formation scientifique solide. IV. New York et le mariage avec Élisabeth (vers 1920) L'Amérique comme ouverture sur le monde Autour des années 1920, Charles rencontre et épouse Élisabeth, d'origine hongroise. Ce mariage contracté à New York est à l'image du personnage : international, inattendu, ancré dans les réseaux de la grande bourgeoisie européenne en diaspora. Une union qui s'inscrit dans l'histoire franco-russe de la famille Ce mariage new-yorkais avec une Hongroise fait écho à celui de ses parents : son père Henri avait épousé Gabrielle Geneviève Florand, née à Saint-Pétersbourg dans une famille dont le prestige était tel qu'elle siégeait à la table du Tsar. La famille Meissirel-Marquot a toujours regardé au-delà des frontières françaises — de la Russie impériale à l'Amérique du jazz age. Charles ne fait que continuer cette tradition, mais avec la génération des paquebots transatlantiques et du commerce mondial qui s'accélère. V. Directeur Commercial : le conquérant des grandes tables (années 1920-1950) L'architecte de la stratégie commerciale C'est dans le rôle de Directeur Commercial que Charles Meissirel-Marquot va s'illustrer de manière décisive. Dès les années 1920, il prend en main le développement commercial de la cristallerie avec une énergie et une vision qui dépassent largement celles de ses prédécesseurs. Pour Charles, Bayel ne doit pas se contenter d'être reconnue en France : elle doit être présente sur les plus grandes tables du monde. Il est le négociateur direct de tous les grands contrats qui font la réputation internationale de la maison. Là où d'autres auraient délégué ou attendu que les commandes viennent à eux, Charles va les chercher — à Paris, à Londres, à Genève, à Washington. Son carnet d'adresses devient l'un des actifs les plus précieux de l'entreprise. Les grands contrats : une conquête systématique La Compagnie Internationale des Wagons-Lits, qui exploite les trains de luxe européens dont le légendaire Orient-Express, fait confiance à Bayel pour équiper ses voitures-restaurants et ses wagons de première classe. C'est Charles qui signe ces contrats dans les années 1920-1930 — et c'est lui qui s'assure que le cristal de Champagne brille sur les nappes blanches des dîners à travers l'Europe. Le Paquebot France — fierté de la marine nationale française, lancé en 1962 — emporte dans ses soutes la cristallerie de Bayel pour équiper ses salles à manger. Ce contrat, signé par Charles alors qu'il est PDG, est l'aboutissement logique d'une stratégie commerciale qu'il a construite pendant quarante ans. L'Élysée, la Table du Général de Gaulle, la Maison Blanche, le Pentagone, le Ritz : autant d'adresses d'excellence où le cristal de Bayel trouve sa place sous l'impulsion de Charles. Les ambassades françaises à travers le monde font de même de la cristallerie champenoise l'écrin officiel de la diplomatie française. Le Roi du Maroc figure lui aussi parmi les clients de prestige dont Charles négocie personnellement les commandes. Chaque contrat est une victoire sur la concurrence internationale — Baccarat, Saint-Louis, les maîtres verriers de Bohême et de Murano. Charles ne se bat pas sur les prix : il se bat sur la qualité, le prestige et la relation personnelle qu'il entretient avec chaque client. Les grandes maisons du luxe français ne sont pas en reste : Louis Vuitton, Hermès, Fabergé, Cartier — autant de noms qui consacrent Bayel comme fournisseur de référence de l'art de vivre à la française. Comme un symbole, c'est dans les ateliers de cette manufacture champenoise que se façonne une part de l'image de la France dans le monde. Le cristal au service des Maisons de Champagne Charles comprend très tôt que le cristal de Bayel et le champagne partagent une même vocation : célébrer les instants d'exception. C'est sous sa direction que se nouent des partenariats durables avec les grandes Maisons de Champagne. La Maison Drappier, établie à Urville dans l'Aube, commande ainsi la conception d'une carafe de dégustation d'une élégance rare. La Maison Deutz, à Aÿ dans la Marne, collabore avec les équipes de Bayel pour créer les fameuses flûtes « Amour », pièces d'exception alliant la noblesse du cristal champenois au prestige d'un grand nom du champagne. Ces collaborations illustrent l'une des forces que Charles a su développer et imposer comme marque de fabrique de la maison : l'excellence du sur-mesure. Grâce à son bureau d'études, les Cristalleries Royales de Champagne sont devenues maîtres dans l'art de personnaliser chaque modèle pour une occasion particulière, ou de concevoir une pièce entièrement originale répondant aux exigences les plus exigeantes de leurs clients. Ce savoir-faire unique place Bayel dans une catégorie à part : non plus seulement fabricant, mais véritable partenaire créatif des plus grandes tables et des plus grandes maisons du monde. VI. PDG des Cristalleries Royales de Champagne (1959-1971) La consécration d'une vie au service du cristal En 1959, Charles Meissirel-Marquot accède à la présidence-direction générale des Cristalleries Royales de Champagne. Il a soixante et un ans. Ceux qui le connaissent savent qu'il occupe ce fauteuil depuis longtemps dans les faits — mais désormais, c'est officiel. L'entreprise qu'il dirige est une institution nationale, reconnue dans le monde entier pour la qualité de son cristal. Son mandat de PDG, de 1959 à 1971, est celui de la consolidation et du rayonnement. Les grandes commandes arrivent, les marchés d'exportation se développent. Le Paquebot France en 1962, symbole de cette France gaullienne qui veut montrer au monde son excellence, porte le cristal de Bayel jusqu'aux ports de New York et Southampton. Du verre au cristal : un tournant décisif L'une des décisions les plus structurantes du règne de Charles est aussi celle qui engage le plus profondément l'avenir de la maison. Là où les cristalleries de Bayel avaient longtemps maintenu une production mixte, mêlant verrerie courante et cristal de qualité, c'est sous l'impulsion de Charles que les usines se tournent résolument et exclusivement vers le cristal — cette matière noble qui demande le plus haut degré de maîtrise et qui seule, selon lui, justifie la réputation que la famille a mis un siècle à construire. Ce choix stratégique n'est pas sans risque : il suppose des investissements importants, une montée en gamme de toute la chaîne de production, et une rupture avec des habitudes industrielles bien ancrées. Une fois encore, les Meissirel n'hésitent pas à mettre leur propre argent dans la balance — fidèles à cette tradition familiale d'engagement personnel dans l'entreprise qui force autant l'admiration que le respect. La structure tri-sites à son apogée Sous sa direction, l'organisation industrielle héritée de son père — Bayel pour le cristal d'excellence, Fains et Clairey pour les productions complémentaires — atteint sa maturité. Chaque site a sa spécialité, sa culture, ses maîtres artisans. Charles orchestre cet ensemble avec l'œil de l'ingénieur et la main du commercial : il sait ce que chaque four peut produire, et il sait à qui le vendre. VII. Distinctions et reconnaissances Croix de Guerre 1914-1918 Décernée pour faits de bravoure pendant le premier conflit mondial, la Croix de Guerre est la première grande distinction reçue par Charles — et sans doute celle qui lui coûta le plus. Elle est le témoignage silencieux de ces années de tranchées qu'il n'aimait pas évoquer, mais qui avaient forgé sa trempe d'acier. Conseiller du Commerce Extérieur de la France Nommé Conseiller du Commerce Extérieur de la France, Charles rejoint ce corps d'élite de représentants chargés d'incarner l'excellence française à l'étranger et de conseiller les pouvoirs publics sur les questions commerciales internationales. Cette nomination est la reconnaissance officielle de ce que ses pairs savent depuis longtemps : Charles Meissirel-Marquot est l'un des meilleurs ambassadeurs du luxe et du savoir-faire français à l'étranger. Légion d'honneur La Légion d'honneur vient couronner une vie entière au service de l'industrie française, de l'exportation et du rayonnement de la France. Pour un homme qui avait combattu pour son pays à dix-huit ans, puis consacré ses cinquante années suivantes à en porter les couleurs dans les palaces et les chancelleries du monde, cette distinction a valeur de boucle parfaite. VIII. Retraite et disparition (1971-1972) Charles Meissirel-Marquot quitte la présidence-direction générale en 1971, après douze ans à la tête des Cristalleries Royales de Champagne et plus de cinquante années passées au service de la manufacture de Bayel. Il s'éteint en 1972, à soixante-quatorze ans. Sa disparition marque la fin d'une époque : celle où une même famille, sur quatre générations — d'Alexis Marquot rachetant Bayel à un seul ouvrier en 1854, à Charles signant les contrats de l'Orient-Express et du Paquebot France —, avait conduit une cristallerie champenoise jusqu'aux sommets de la renommée mondiale. Avec lui disparaît une forme d'entrepreneur aujourd'hui rare : l'ingénieur-diplomate, le technicien-ambassadeur, l'homme qui sait à la fois lire un four et lire une table, comprendre un cristal et comprendre un client. Charles Meissirel-Marquot n'avait pas seulement vendu du verre : il avait vendu la France. IX. Héritage : de Bayel au monde Ce que Charles lègue à l'histoire n'est pas seulement une liste de contrats ou une collection de distinctions. C'est une méthode, une vision, une certitude : que l'excellence artisanale française, pour survivre et prospérer, doit aller chercher ses clients là où ils sont — à New York, à Moscou, à Londres, sur les paquebots qui traversent l'Atlantique, dans les trains qui traversent l'Europe. Son père Henri avait apporté à Bayel la rigueur de l'ingénieur et l'engagement sans faille d'un actionnaire loyal, prêt à mettre sa propre fortune au service d'une manufacture qu'il croyait capable de traverser les siècles. Charles y avait ajouté la conquête du monde et le choix radical du cristal seul — ce pari sur la noblesse de la matière contre la facilité du volume. Et si les Cristalleries Royales de Champagne de Bayel sont aujourd'hui connues dans les plus grandes tables du monde, c'est en grande partie parce qu'un jeune homme né en 1898, mobilisé à dix-sept ans, formé à Centrale en 1922, avait décidé que le cristal champenois méritait mieux que les seuls rayons des foires régionales. Sources Annuaire des anciens élèves de l'École Centrale de Paris · Revue Les Centraliens n°519, septembre 2000, « Les Grands Centraliens du XXe siècle — Les Centraliens et le Verre » · Inventaire général du patrimoine culturel, Cristalleries Royales de Champagne de Bayel · Archives familiales Meissirel-Marquot (à compléter). Les distinctions honorifiques (Croix de Guerre, Légion d'honneur, Conseiller du Commerce Extérieur) sont à vérifier dans les sources primaires : Base Léonore (leonore.archives-nationales.culture.gouv.fr), Service Historique de la Défense (Vincennes), Gallica/Journal Officiel.

dimanche 27 juillet 2025

Ne cherchez pas à être sage à tout prix. La folie aussi est une sagesse. Et la sagesse, une folie. Fuyez les préceptes et les donneurs de leçons. Faites ce que vous voulez. Et ce que vous pouvez. Pleurez quand il le faut. Riez. J'ai beaucoup ri. J'ai ri du monde et des autres et de moi. Rien n'est très important. Tout est tragique. Tout ce que nous aimons mourra. Et je mourrai moi aussi. La vie est belle. Jean d'Ormesson

vendredi 25 juillet 2025

« Si tu as un pain et moi un euro, et que j’utilise mon euro pour acheter ton pain, à la fin de l’échange, j’aurai le pain et toi l’euro. Cela semble être un équilibre parfait, n’est-ce pas ? Au début, A possède un euro et B un pain ; ensuite, A a le pain et B a l’euro. C’est une transaction juste, mais purement matérielle. Maintenant, imagine que tu possèdes un poème de Verlaine ou que tu connais le théorème de Pythagore, et que moi, je ne connais rien de tout cela. Si tu me les enseignes, à la fin de cet échange, j’aurai appris le poème et le théorème, mais tu continueras à les posséder également. Dans ce cas, il ne s’agit pas seulement d’un équilibre, mais d’une véritable croissance. Dans le premier exemple, nous avons effectué un échange commercial ; dans le second, nous avons partagé des connaissances. Alors que les biens matériels se consomment, la culture, elle, se diffuse sans limites. » Michel Serres, philosophe français 1/09/1930 - 1/06/2019

jeudi 24 juillet 2025

LE TEMPS PRÉCIEUX DE LA MATURITÉ

LE TEMPS PRÉCIEUX DE LA MATURITÉ J’ai compté mes années et j'ai découvert qu’à partir de maintenant, j’ai moins de temps à vivre que ce que j’ai vécu jusqu’à présent… Je me sens comme ce petit garçon qui a gagné un paquet de friandises: la première il la mangea avec plaisir, mais quand il s’aperçut qu’il lui en restait peu, il commença réellement à les savourer profondément. Je n’ai plus de temps pour des réunions sans fin où nous discutons de lois, des règles, des procédures et des règlements, en sachant que cela n’aboutira à rien. Je n’ai plus de temps pour supporter des gens stupides qui, malgré leur âge chronologique n’ont pas grandi. Je n’ai plus de temps pour faire face à la médiocrité. Je ne veux plus assister à des réunions où défilent des égos démesurés. Je ne tolère plus les manipulateurs et opportunistes. Je suis mal à l´aise avec les jaloux, qui cherchent à nuire aux plus capables, d’usurper leurs places, leurs talents et leurs réalisations. Je déteste assister aux effets pervers qu’engendre la lutte pour un poste de haut rang. Les gens ne discutent pas du contenu, seulement les titres. Moi, mon temps est trop précieux pour discuter des titres. Je veux l’essentiel, mon âme est dans l’urgence… il y a de moins en moins de friandises dans le paquet… Je veux vivre à côté de gens humains, très humains, qui savent rire de leurs erreurs, qui ne se gonflent pas de leurs triomphes, qui ne se sentent pas élu avant l’heure, qui ne fuient pas leurs responsabilités, qui défendent la dignité humaine, et qui veulent marcher à côté de la vérité et l’honnêteté. L’essentiel est ce que tu fais pour que la vie en vaille la peine. Je veux m'entourer de gens qui peuvent toucher le cœur des autres… des gens à qui les coups durs de la vie leurs ont appris à grandir avec de la douceur dans l’âme. Oui… je suis pressé de vivre avec l’intensité que la maturité peut m'apporter. J’ai l’intention de ne pas perdre une seule partie des friandises qu´il me reste… Je suis sûr qu’elles seront plus exquises que toutes celles que j´ai mangées jusqu’à présent. Mon objectif est d’être enfin satisfait et en paix avec mes proches et ma conscience. J’espère que la vôtre sera la même, parce que de toute façon, vous y arriverez… 》 Mário Raul de Morais Andrade (1893 – 1945) Poète, Romancier, Musicologue Brésilien.

mercredi 27 octobre 2021

                                     PETITION !

NON ! A LA DESTRUCTION

DU PRESBYTERE DE TROISSEREUX !


La destruction du presbytère est évoquée par les nouveaux élus de la commune, en le détruisant ils ne détruisent pas seulement un morceau de patrimoine mais un pan entier de la mémoire Tréssorienne !

 

1.    Parce que c’est un élément de notre histoire, et de notre patrimoine situé au cœur de notre village à un emplacement stratégique qu’il serait dommage de gâcher dans le périmètre d’un monument historique. Détruire ce patrimoine serait mépriser le travail et la sueur de nos ancêtres qui l’ont bâti avec tout le charme propre a ce type de construction avec son magnifique mur d’enceinte en briques et son proche datant vraisemblablement de 1810, signature de notre terroir qu’est le Beauvaisis.

 

2.    Parce qu’il avait été jugé par un grand cabinet d’étude (payé par nos deniers) comme étant réhabilitable et que ces travaux ont été votés et les entreprises missionnées par le biais des marchés publics. (Leur demander d’abandonner aurait un cout certain puisque le chantier avait commencé).

 

3.    Parce que la commune a obtenu des aides et subventions du conseil départemental mais aussi de l’Agglomération du Beauvaisis pour la REHABILITATION du Presbytère et NON SA DESTRUCTION.

 

4.    Parce qu’ils souhaitent construire dans notre village une cantine d’école supplémentaire, qui permet d’accueillir les enfants des villages voisins, sans qu’ils ne participent a la construction de ce nouveau bâtiment. 

 

5.    Parce que détruire le presbytère qui a plus de 200 ans c’est dénaturer l’image de la commune et c’est le transformer en banlieue anonyme de Beauvais, plutôt que lui donner du prestige en le tirant vers le haut.

 

6.   JE DIS NON A SA DESTRUCTION : 

 

7.   RECCUEIL DE SIGNATURES  NON A LA DESTRUCTION DU PRESBYTERE DE TROISSEREUX EN ECRIVANT A : 

                           collectifcitoyentroissereux@gmail.com

vendredi 26 mai 2017

Discours de Victor Hugo prononcé au Congrès International de la Paix de 1849 à Paris 21 août 1849

( Extrait ) 
Messieurs, si quelqu’un, il y a quatre siècles, à l’époque où la guerre existait de commune à commune, de ville à ville, de province à province, si quelqu’un eût dit à la Lorraine, à la Picardie, à la Normandie, à la Bretagne, à l’Auvergne, à la Provence, au Dauphiné, à la Bourgogne : un jour viendra où vous ne vous ferez plus la guerre, un jour viendra où vous ne lèverez plus d’hommes d’armes les uns contre les autres, un jour viendra où l’on ne dira plus : — Les normands ont attaqué les picards, les lorrains ont repoussé les bourguignons. Vous aurez bien encore des différends à régler, des intérêts à débattre, des contestations à résoudre, mais savez vous ce que vous mettrez à la place des hommes d’armes ? savez-vous ce que vous mettrez à la place des gens de pied et de cheval, des canons, des fauconneaux, des lances, des piques, des épées ? Vous mettrez une petite boîte de sapin que vous appellerez l’urne du scrutin, et de cette boîte il sortira, quoi ? une assemblée ! une assemblée en laquelle vous vous sentirez tous vivre, une assemblée qui sera comme votre âme à tous, un concile souverain et populaire qui décidera, qui jugera, qui résoudra tout en loi, qui fera tomber le glaive de toutes les mains et surgir la justice dans tous les cœurs, qui dira à chacun : Là finit ton droit, ici commence ton devoir. Bas les armes ! vivez en paix ! (Applaudissements.) Et ce jour-là, vous vous sentirez une pensée commune, des intérêts communs, une destinée commune ; vous vous embrasserez, vous vous reconnaîtrez fils du même sang et de la même race ; ce jour-là, vous ne serez plus des peuplades ennemies, vous serez un peuple ; vous ne serez plus la Bourgogne, la Normandie, la Bretagne, la Provence, vous serez la France. Vous ne vous appellerez plus la guerre, vous vous appellerez la civilisation.

samedi 13 août 2016

Alors ? Heureuse ?? !!!

Lors d’un séminaire consacré aux couples à l’Université de Fresno (Californie), un des conférenciers a demandé à une femme dans l’assistance : « Votre mari vous rend-il heureuse? Vous rend-il vraiment heureuse? »
À ce moment, le mari a relevé la tête, totalement sûr de lui. Il savait que son épouse répondrait par l’affirmative car elle ne s’était jamais plainte pendant leur mariage. Cependant, sa femme a répondu par un “non” tonitruant, un “non” bien catégorique ! « Non, mon mari ne me rend pas heureuse! » Son mari était complètement déconcerté, mais elle a continué :
« Mon mari ne m’a jamais rendue heureuse et il ne me rend pas heureuse ! Je suis heureuse. » 
« Le fait d’être heureuse ou pas ne dépend pas de lui, mais de moi. Mon bonheur ne dépend que d’une seule personne : moi. C’est moi qui décide que je serai heureuse dans chaque situation et à chaque moment de ma vie, car si mon bonheur dépendait de quelqu’un, de quelque chose ou d’une circonstance sur la face de la terre, j’aurais de graves problèmes.
Tout ce qui existe dans cette vie change en permanence : l’être humain, la richesse, mon corps, le climat, ma volonté, les plaisirs, les amis, ma santé physique et mentale. En fait, la liste est interminable. Je dois décider d’être heureuse indépendamment de tout le reste. Que ma maison soit vide ou pleine : je suis heureuse ! Que je sorte accompagnée ou seule : je suis heureuse ! Que je gagne un bon salaire ou non : je suis heureuse !
Je suis aujourd’hui mariée mais j’étais déjà heureuse célibataire. Je suis heureuse par moi-même. J’appelle des “expériences” les autres choses, personnes, moments, situations. Elles peuvent ou non m’apporter des moments de joie ou de tristesse. Quand une personne que j’aime meurt, je suis une personne heureuse qui vit un moment inévitable de tristesse.
J’apprends grâce aux expériences passagères et je vis celles qui sont éternelles comme aimer, pardonner, aider, comprendre, accepter, consoler.
Certaines personnes affirment : aujourd’hui je ne peux pas être heureux parce que je suis malade, parce que je n’ai pas d’argent, parce qu’il fait très chaud, parce qu’il fait très froid, parce que quelqu’un m’a insulté, parce qu’une personne ne m’aime plus, parce que je n’ai pas su me mettre en valeur, parce que mon mari n’est pas tel que je l’espérais, parce que mes enfants ne me rendent pas heureux, parce que mes amis ne me rendent pas heureux, parce que mon travail est inintéressant, et ainsi de suite.
J’aime la vie que je mène mais pas parce que ma vie est plus facile que celle des autres. C’est parce que j’ai décidé d’être heureuse et je suis responsable de mon bonheur. Quand j’enlève cette obligation à mon mari et à toute autre personne, je les libère du poids de me porter sur leurs épaules. Leur vie est beaucoup plus légère. Et c’est ainsi que j’ai réussi à avoir un mariage heureux tout au long de ces années. »
La morale de cette histoire ? vous l’avez devinée :
Ne laissez jamais entre les mains d’une autre personne une responsabilité aussi grande que d’assumer et de susciter votre bonheur. Soyez heureuse et heureux, même quand il fait chaud, même quand vous êtes malade, même quand vous n’avez pas d’argent, même quand une personne vous a blessé ou blessée, même quand on ne vous aime pas ou que l’on ne vous estime pas à votre juste valeur. Un conseil valable pour les femmes et les hommes de tout âge.

mercredi 18 mai 2016

JEAN QUI PLEURE ET QUI RIT - VOLTAIRE ( Dédicace à un ami à qui je veux du bien )



 

  1772  −

[Cette petite pièce fut adressée à l’abbé de Voisenon, qui la fit imprimer dans le Mercure en juillet 1772. C’est donc à tort que le Commentaire historique dit qu’elle fut composée à quatre-vingt-deux ans.] (G.A.)



Quelquefois le matin, quand j’ai mal digéré,
Mon esprit abattu, tristement éclairé,
Contemple avec effroi la funeste peinture
Des maux dont gémit la nature :
Aux erreurs, aux tourments, le genre humain livré ;
Les crimes, les fléaux de cette race impure,
Dont le diable s’est emparé.
Je dis au mont Etna : « Pourquoi tant de ravages,
Et ces sources de feu qui sortent de tes flancs ? »
Je redemande aux mers tous ces tristes rivages,
Disparus autrefois sous leurs flots écumants ;
Et je redis aux tyrans :
« Vous avez troublé le monde
Plus que les fureurs de l’onde,
Et les flammes des volcans. »
Enfin, lorsque j’envisage
Dans ce malheureux séjour
Quel est l’horrible partage
De tout ce qui voit le jour,
Et que la loi suprême, est qu’on souffre et qu’on meure :
Je pleure.



Mais lorsque sur le soir, avec des libertins,
Et plus d’une femme agréable,
Je mange mes perdreaux, et je bois les bons vins
Dont monsieur d’Aranda vient de garnir ma table ;
Quand, loin des fripons et des sots,
La gaîté, les chansons, les grâces, les bons mots,
Ornent les entremets d’un souper délectable ;
Quand, sans regretter mes beaux jours,
J’applaudis aux nouveaux amours
De Cléon et de sa maîtresse,
Et que la charmante amitié,
Seul nœud dont mon cœur est lié,
Me fait oublier ma vieillesse,
Cent plaisirs renaissants réchauffent mes esprits :
Je ris.



Je vois, quoique de loin, les partis, les cabales,
Qui soufflent dans Paris vainement agité
Des inimitiés infernales,
Et versent leur poison sur la société ;
L’infâme calomnie avec perversité
Répand ses ténébreux scandales ;
On me parle souvent du Nord ensanglanté,
D’un roi sage et clément chez lui persécuté,
Qui dans sa royale demeure
N’a pu trouver sa sûreté,
Que ses propres sujets poursuivent à toute heure :
Je pleure.



Mais si Monsieur Terray veut bien me rembourser ;
Si mes prés, mes jardins, mes forêts, s’embellissent ;
Si mes vassaux se réjouissent,
Et sous l’orme viennent danser ;
Si parfois pour me délasser,
Je relis l’Arioste, ou même la Pucelle,
Toujours catin, toujours fidèle,
Ou quelque autre impudent dont j’aime les écrits :
Je ris.



Il le faut avouer, telle est la vie humaine :
Chacun a son lutin qui toujours le promène
Des chagrins aux amusements.
De cinq sens tout au plus malgré moi je dépends :
L’homme est fait, je le sais, d’une pâte divine ;
Nous serons tous un jour des esprits glorieux ;
Mais dans ce monde-ci l’âme est un peu machine ;
La nature change à nos yeux ;
Et le plus triste Héraclite
Redevient un Démocrite
Lorsque ses affaires vont mieux.

vendredi 15 avril 2016

Walt Whiteman - Homage to Abraham Lincoln / assassiné le 14 Avril 1865

O Captain! My Captain!
O Captain! My Captain! our fearful trip is done;
The ship has weather'd every rack, the prize we sought is won;
The port is near, the bells I hear, the people all exulting,
While follow eyes the steady keel, the vessel grim and daring
But O heart! heart! heart!
O the bleeding drops of red,
Where on the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.

O Captain! My Captain! rise up and hear the bells;
Rise up — for you the flag is flung — for you the bugle trills;
For you bouquets and ribbon'd wreaths — for you the shores a-crowding;
For you they call, the swaying mass, their eager faces turning
Here Captain! dear father!
This arm beneath your head;
It is some dream that on the deck,
You've fallen cold and dead.

My Captain does not answer, his lips are pale and still;
My father does not feel my arm, he has no pulse nor will;
The ship is anchor'd safe and sound, its voyage closed and done;
From fearful trip the victor ship comes in with object won
Exult, O shores, and ring, O bells!
But I with mournful tread,
Walk the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.

mardi 22 mars 2016

LES CRISTALLERIES ROYALES DE CHAMPAGNE DE BAYEL VONT FERMER DEFINITIVEMENT

La « Cristallerie Royale de Champagne-BAYEL » est l’une des plus anciennes manufactures françaises de cristal soufflé bouche.
Cette cristallerie de réputation mondiale n’a jamais éteint ses fours depuis le XVIIème siècle.
elle  est l’héritière d’un savoir-faire parmi les plus riches et raffinés où la main de l’homme est souveraine.


Soufflage à la bouche, taille à la main, gravure au sable, satinage, dorure, dépôt de platine, émaillage… sont autant d’hommages aux métiers du feu qui ont fait la réputation de Bayel, et lui ont permis d’obtenir le label Entreprise du Patrimoine Vivant.


La Cristallerie Royale de Champagne s’impose donc comme l’une des plus prestigieuses cristallerie d’Europe, en plus d’être l’une des plus anciennes.

début Mars 2016, je découvre que celle-ci va fermer définitivement ses portes ! 

Comment peut on laisser aller a la volo une des plus anciennes manufactures françaises de cristal soufflé bouche ?

C'est tout le patrimoine Français qui s'écroule, cette cristallerie est mondialement connue, avec un savoir faire absolument unique au monde ! 

Nous n'avons plus aucun respect pour notre savoir faire et notre patrimoine qui font la richesse de notre pays.Autant de métiers qui vont définitivement disparaitre avec ....

Typiquement le genre d'endroit ou un partenariat Public/ privé aurait été intelligent ! 
( Préservation du patrimoine industriel et culturel / tourisme pour la région / preservation du savoir faire local / préservation des emplois ....etc ....etc.... ) 

La flamme allumée depuis plus de 300 ans va d'éteindre définitivement ....


mercredi 2 décembre 2015

Romain Gary- Extrait de Gros-Calin

“La vérité, c'est qu'il y a une quantité 

incroyable de gouttes qui 

ne font pas déborder le vase.”

dimanche 18 octobre 2015

La question est donc de savoir quelle détermination 
nous mettons à franchir les obstacles ou à céder devant eux. 
Difficile de tenir le coup dans un monde contemporain pétri d’impatience hédoniste 
et qui n’aime ni les difficultés ni la souffrance.

samedi 10 octobre 2015

Hospitalité & bienveillance

On se rappelle tous les jours de sa vie l'hôte qui vous a montré de la bienveillance.
Homère -  L'Odyssée, XV, 54 - IXe s. av. J.-C.

mardi 21 avril 2015

Pratiquer l'hospitalité

en dépit des apparences, l’altérité est le parent pauvre de notre culture, qui favorise l’individualisme et incite à former des groupes de « mêmes ». Pourtant, rien n’est plus fécond que la rencontre avec la différence, l’étrangeté inhérente à l’autre : elle est source d’étonnement, d’enrichissement et de renforcement de sa propre identité. Accueillir celui qui ne nous ressemble pas, mais qui nous respecte, bouscule nos croyances et nos préjugés. Accueillir l’autre dans notre univers, recevoir sa différence nous permet également d’éprouver nos limites, nos valeurs et notre capacité à nous remettre en question. Cette ouverture – d’esprit et de territoire – développe notre empathie et réduit nos peurs imaginaires, toutes fondées sur la crainte de l’inconnu.

jeudi 8 janvier 2015

Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom
Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom
Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom
Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom
Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom
Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom
Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.
Paul Eluard